
Fruit de huit années de recherche, cet ouvrage aborde une période encore assez mal connue de l'œuvre de le Corbusier, celle de la dernière décennie de sa vie, pourtant riche en projets et en réalisations de premier plan, entre 1955 et 1965. Les œuvres de cette époque ont souvent été décriées car elles auraient été surtout conçues par ses collaborateurs. Les études actuelles conduites sur cette décennie par des chercheurs du monde entier montrent en fait la capacité créatrice d'un homme, certes vieillissant, certes assisté de collaborateurs de qualité qui jouent un rôle important, mais d'un homme toujours inventif, dont le travail de création se situe toujours dans une perspective de recherche et non de reproduction de principes établis une fois pour toute.
La construction de ce grand ensemble qui constitue l'un des cinq sites du réseau des Utopies réalisées autour de Lyon, est également le fuit de la rencontre de deux hommes exceptionnels, l'architecte le plus important de cette époque, Le Corbusier, et le maire de la petite cité de Firminy, Eugène Claudius-Petit.
En 1953, Claudius-Petit, ancien Ministre de la Reconstruction en France (1948-1953), est élu maire de Firminy, une petite cité minière et sidérurgique, située près de Saint-Etienne dans la région lyonnaise. A la tête du Ministère de la Reconstruction l'action de Claudius-Petit a été considérable pour reconstruire les villes sinistrées, mais aussi pour moderniser et industrialiser le monde du bâtiment. Devant la situation catastrophique du logement en France depuis le XIXème siècle, Claudius-Petit n'a cessé de répéter qu'il ne suffisait pas de reloger les sinistré de la guerre, qui n'étaient que de deux millions de personnes , mais qu'il fallait aussi reloger les « sinistrés de la vie » qui étaient 13 millions. En résumé, il fallait avoir une politique de construction et non seulement de reconstruction. A son départ du Ministère, tout est en place pour lancer cette politique qui durera en France 20 ans et sera connue sous le nom de « politique des grands ensembles ».
La conquête de Firminy est pour lui l'occasion de faire de cette petite ville sale, insalubre, sous équipée et pauvre, un chantier exemplaire de la validité de ses thèses et des idées architecturales et urbaine du Mouvement moderne et de Le Corbusier en particulier dont il est à la fois un admirateur, un ami, et un fervent défenseur.
Tel est l'enjeu de Firminy-Vert, un nouveau quartier de 1000 logements sociaux, dont il veut faire un petit morceau de Ville Radieuse selon l'expression corbuséenne. Pourtant, après avoir envisagé cette possibilité, Claudius-Petit ne confie pas la direction urbaine de cette opération à son ami Le Corbusier, mais à trois de ses admirateurs -André Sive, Marcel Roux et Charles Delfante - dont le travail représente une application réaliste des idées de la Charte d'Athènes. Le Corbusier se verra cependant confier la réalisation des principaux édifices culturels, sportifs et cultuels de Firminy-Vert qui selon les principes de la Charte d'Athènes sont indissociables des logements. Enfin, Le Corbusier réalisera à Firminy sa dernière unité d'habitation, la cinquième et la plus proche du modèle de la Cité radieuse de Marseille.
L'ouvrage retrace la genèse de ce véritable manifeste pour une ville moderne dont le principe directeur, guidé par la forte ambition politique de Claudius-petit, et la puissance créatrice de Le Corbusier, est celui de la recherche de l'équilibre entre l'individuel et le collectif.
Cet ouvrage de 352 pages publié par les Editions du Patrimoine, est en vente en librairie au prix de 49 euros.